FRANCE - SUÈDE Pilier de l'équipe de France, qui joue cet après-midi à 15 heures, illustre la nouvelle harmonie des Bleues, entre attaque et défense.

Le tableau d'affichage indique 59'56, il reste quatre secondes de jeu. Les Espagnoles, alors en attaque devant la zone française, se trompent sur une transmission et échappent le ballon. Allison Pineau s'en saisit et tire directement dans la cage ibérique, laissée vide, de l'autre côté du terrain. Elle marque, le buzzer retentit, l'équipe de France coiffe au poteau ses adversaires (victoire 23-22). Les remplaçantes envahissent le terrain, toute l'équipe saute sur la demi-centre qui exulte et hurle sa joie, les deux genoux au sol. C'était à l'Euro en 2016 et tous les passionnés de handball se souviennent de ce dénouement incroyable, magique.

Une action qui résume à elle seule le rôle qu'Allison Pineau occupe en équipe de France ces dernières années. La taulière de la maison Bleue, qui endosse le maillot tricolore depuis douze ans, est toujours présente dans les grands rendez-vous, prête à prendre ses responsabilités.

Passée par huit clubs différents, la demi-centre, qui évolue aujourd'hui à Brest, a tout connu dans sa carrière. Un titre de meilleure joueuse du monde à seulement 20 ans, la liquidation judiciaire dans différents clubs d'Europe de l'Est, des campagnes internationales douloureuses autour de la démission de l'ancien entraîneur Alain Portes en 2015, mais aussi le sacre mondial arraché l'hiver dernier face à la terrible Norvège.

Dans ce championnat d'Europe, la sportive longiligne d'1m81, qui compte 230 sélections et 603 buts, est préservée par le coach Olivier Krumbholz et ne rentre en moyenne " que " 25 minutes par rencontre. Principalement dans un rôle défensif ou pour transformer les pénaltys. Une situation qu'elle accepte complètement. " Je sais que je ne suis pas dans ma meilleure forme et je savais avant l'Euro que mon rôle serait différent, confie-t-elle. Je suis quelqu'un qui a de l'ambition mais je sais aussi faire preuve de réalisme. C'est ça aussi le leadership. C'est savoir se mettre au service des autres quand on est moins bien. "

L'attaque la plus efficace

Mais Allison Pineau sait qu'elle devra répondre présente lors des moments fatidiques. " Je monte en charge match après match. Je serai attendue au tournant dans les moments importants, explique-t-elle avec un grand sourire. Je prends du plaisir parce qu'on est toutes là pour le même objectif. Ce qui compte, c'est de gagner ce titre. Pour ça, je suis prête à payer n'importe quel prix avec cette équipe. " Une leçon d'abnégation au service du collectif. Alors " Ali " sait de quoi elle parle lorsqu'elle évoque le cap qu'est en train de passer son équipe.

Avec trois médailles depuis 2016, dont un titre de championnes du monde, les Tricolores ont pris confiance en elles. Dans cet Euro, les Bleues s'appuient sur leur point fort de toujours : leur défense. Mais aussi, et c'est une nouveauté, sur une attaque redoutable. Avec 69% de réussite, les Françaises possèdent aujourd'hui le secteur offensif le plus efficace de la compétition. Une véritable révolution. La Nantaise aux jambes de feu, Estelle Nze Minko, avec 18 buts en 19 tentatives, incarne cette attaque percutante, incroyablement performante.

" Notre défense, c'est notre marque de fabrique et c'est la meilleure au monde, juge Allison Pineau. Depuis le début de cette compétition, notre attaque complète en quelque sorte le vide qu'il y avait avant. On a réussi à gagner des titres en étant moins bien en attaque qu'actuellement. Forcément on se sent plus fortes. Je pense que l'équipe de France a vraiment trouvé son équilibre. " Pour autant, la joueuse expérimentée prévient : " Il faut toujours rester vigilantes et prendre du recul. L'équilibre peut tout d'un coup se révéler fragile. "