L'analyste vidéo du SA XV est un bourreau de travail. Il compile notamment un nombre incalculable de statistiques. Rencontre.


L'homme de l'ombre. Un qualificatif évident. Grâce à son boulot, aussi minutieux qu'invisible, Kévin Annon a gagné ses galons d'analyste vidéo du SA XV depuis maintenant trois saisons. Avouant ne pas compter ses heures, le gaillard de 26 ans joint l'utile à l'agréable, en alliant travail et passion.

" La première année, j'étais au club de 7 heures à 22 heures tous les jours, se remémore-t-il. Mais à force, je vais plus vite, mon travail est plus précis. Du coup, je fais autre chose à la place ! Je suis en train de créer une application pour que les joueurs nous communiquent quotidiennement des informations sur leur état de forme. S'ils ont bien dormi, s'ils se sentent fatigués etc... On regroupe cela avec d'autres données pour éviter des blessures, anticiper les baisses de performances. Mon travail consiste à gérer une énorme masse d'informations et à les synthétiser. "

Tel père, tel fils

Le métier, Kevin Anno l'a appris sur le tas. " Il n'existe pas vraiment de formation dans ce domaine. Il y a bien un Diplôme universitaire mais il n'est pas très intéressant. Moi, j'ai fait des études en STAPS puis à l'IUFM pour devenir prof de sport. Après mon année de stage, je me suis dit que cela n'était pas pour moi. " L'Auvergnat, qui a fréquenté l'ASM jusqu'en Crabos où il a été champion de France, prend alors la direction des Landes et de la Fédérale 2. " J'ai aussi joué avec Antoine Roger à Marseille. J'ai fait une saison en Fédérale 1. Mais même préparé, mon corps ne suivait pas, rigole-t-il. Derrière l'ordinateur, c'est plus tranquille... "

Installé dans le Pays basque, il apprend que le Biarritz Olympique recherche un analyste vidéo et postule. Son père, Anthony Anno, qui exerce ce même métier au SU Agen, lui dispense une formation intensive avant qu'il ne rejoigne le club basque. Mais l'expérience tourne court. " Lorsque je suis arrivé, c'était encore Eddie O'Sullivan l'entraîneur du BO. Après trois matchs, il s'est fait virer. La saison suivante, David Darricarrère a préféré travailler avec son propre staff. "

Kevin Anno est alors contacté par plusieurs clubs de Pro D2. C'est sur le SA XV qu'il porte finalement son choix. " Le courant est tout de suite passé avec Julien. Il m'a convaincu au bout de cinq minutes. Ici, j'ai progressé et je sais que ce que je vais produire va être pris en compte. Quand on a bossé pendant des heures sur des vidéos et que le staff n'a rien regardé... Julien est jeune et a la particularité d'avoir occupé ce poste avant d'entraîner. Même si maintenant, les outils sont plus performants qu'au moment où il exerçait. Il y a une pression permanente avec lui mais c'est aussi pour ça qu'on fait ce job ! Il y a une totale confiance entre nous. C'est primordial pour travailler correctement. "

200 critères différents

Le technicien, en lien avec un cameraman, compare une multitude d'éléments. " Nous découpons nos matchs de manière individuelle pour les joueurs avec 200 critères différents comme le plaquage, la conquête etc... Ensuite, nous analysons tous les phases collectives comme les touches ou les sorties de camp. Après, on croise l'ensemble de ces données pour en ressortir des chiffres cohérents. Nous analysons bien sûr nos adversaires sur les quatre ou cinq derniers matchs. " Mais le travail ne s'arrête pas là puisque les joueurs sont filmés durant la semaine. " Trente minutes après l'entraînement, les joueurs ont accès à ce qu'ils viennent de faire. Il n'y a pas de chiffres qui sortent mais ils peuvent se regarder et se corriger. Il y a des séances vidéos tous les jours au SA XV. "

En trois saisons, Kevin Anno a constaté l'évolution des rugbymen charentais. " Je connais le temps que va passer chaque joueur sur la plateforme. Cela va crescendo depuis la montée en Pro D2. Elle est très facile d'accès, ils ont chacun une sorte de Facebook avec leurs vidéos. Cette année, ils le font à peu près tous. Les leaders de touche et de mêlée, les numéros 9 et 10 vont regarder davantage que les autres. Des mecs comme Dorian Jones vont y être très attentifs. Les Britanniques ont l'habitude de travailler avec cinq ou six analystes par club. "

Kevin Anno avoue boire 30 cafés par jour, ne pas beaucoup dormir et être forcément très sensible au déroulé des rencontres. " Quand on a perdu, on a travaillé pour rien et on n'aime pas ça ! Les jours de défaite, c'est dur. "

Surplombant le terrain depuis le haut des tribunes pendant les rencontres, il bénéficie d'une vue d'ensemble sur les matchs. " Tout à l'air plus simple de là-haut donc il faut que je travaille sur moi-même pour ne pas péter un câble en permanence. Je m'énerve sur les joueurs, sur les arbitres... Je me souviens du plaquage haut sur Seb Laulhé contre Mont-de-Marsan ou d'Erwan Nicolas qui se fait arracher la tête l'année dernière à Narbonne... Je dois apprendre à prendre sur moi pour pas faire voler les tabourets au milieu de la loge ! "