ÉQUIPE DE FRANCE Responsable du pôle d'Angoulême, le Béarnais Christophe Caillabet explique l'évolution de son rôle d'adjoint pour la vidéo du sélectionneur Olivier Krumbholz.

Analyste vidéo de l'équipe de France féminine de handball depuis six ans, Christophe Caillabet concède volontiers qu'en pleine compétition, il dort peu. Devant son ordinateur, les heures passées à découper les matchs des Bleues ou de leurs adversaires défilent. " Mais cela me prend de moins en moins de temps ! Je prends de l'âge donc j'apprécie peu les nuits blanches, sourit le Béarnais. Mon travail consiste à séquencer le jeu, à caractériser chaque action et ensuite à y apporter de l'analyse. Encore en 2016, cela représentait 90 % de mon temps de travail. "

Grâce à l'évolution de la technologie, le job se transforme. Mieux, avec l'arrivée de David Burguin, les moyens humains ont doublé à ce poste. " Je me consacre davantage à l'étude pure et dure du jeu. Avant, je produisais de la vidéo. Aujourd'hui, j'échange beaucoup plus avec les joueuses, le staff et le préparateur mental. C'est mon coeur de métier et c'est passionnant. "

Du Minitel à l'intelligence artificielle

Autrefois entraîneur de l'équipe de France cadettes, responsable du pôle d'Angoulême où il réside, Christophe Caillabet, 47 ans, mesure le parcours réalisé. " La vidéo est arrivée en équipe de France en 2000. À ce moment-là, nous étions des pionniers dans le secteur. De nos jours, tout le monde possède les mêmes outils. Nous sommes forcés d'évoluer. " Et pour reprendre l'avantage sur les autres nations, les techniciens français fourmillent d'idées. " On peut dire qu'on est passé du Minitel à internet ces vingt dernières années. Place désormais à l'intelligence artificielle. On voudrait automatiser le découpage de base des vidéos pour ne plus faire qu'analyser. "

En attendant, Christophe Caillabet exécute son travail dans l'ombre, souvent caché dans les recoins des gymnases. " Je ne suis jamais en tribune pendant les matchs, toujours derrière mon ordinateur, pour qu'une heure après le coup de sifflet final, tout soit disponible pour le staff et les joueuses. " Un rôle ingrat ? " Cela pourrait l'être si la répartition des rôles n'était pas claire. Quand j'ai accepté la mission qu'Olivier m'a confiée, j'en connaissais les tenants et les aboutissants. " Avec le nouveau format de compétition européenne, les Bleues, qui disputent actuellement le tour principal à Nantes, n'ont connu leurs adversaires qu'au dernier moment. Une situation qui contraint le staff à envisager de nombreux scénarios.

" On découpe absolument tous les matchs de la compétition en direct. On ne peut rien laisser de côté. On aura besoin de cette matière pour le prochain Mondial. On est aussi dans une logique prédictive. Quelles vont être les tendances d'évolution du handball ? Quelles sont les joueuses en devenir ? Nous observons bien plus de détails qu'à mes débuts. Avant, nous nous concentrions sur l'organisation collective du jeu. C'est toujours le cas, mais nous examinons aussi les articulations entre deux ou trois joueuses. C'est une vraie révolution. "

En équipe de France de 2010 à 2013, puis de retour en 2015 lorsqu'Olivier Krumbholz reprenait la tête de la sélection, Christophe Caillabet a pu mesurer l'évolution des doubles championnes du monde depuis leur sacre de 2017. En trois ans, les Tricolores ont remporté autant de médailles et ont passé un cap. " J'avais quitté des joueuses de haut niveau et j'ai retrouvé des joueuses professionnelles de haut niveau. Aller s'aguerrir à l'étranger a été très structurant pour beaucoup d'entre elles. Elles sont bien plus compétentes sur leur jeu, plus concernées sur leur préparation mentale et physique. "