FRANCE - RUSSIE Un an après avoir décroché le titre mondial, l'équipe de France a remporté " son " Euro, hier à Paris, au terme d'une finale où elle a étouffé la redoutable Russie. Cette équipe, soudée et enthousiaste, a séduit.

Elles l'ont fait ! Hier soir, les handballeuses tricolores sont devenues championnes d'Europe pour la première fois de leur histoire. Les partenaires d'Alexandra Lacrabère, buteuse la plus prolifique côté français avec six unités, ont triomphé de la redoutable Russie (21-24). Durant 60 minutes, Françaises et Russes se sont livrées un combat acharné. Souvent devant au tableau d'affichage, les Tricolores n'ont jamais devancé leur adversaire par plus de trois points.

Une défense imprenable

Mais il est bien difficile de nommer une joueuse plutôt qu'une autre tant la performance des Bleues est collective. Extrêmement solides en défense, les Tricolores ont rendu la vie impossible aux Russes, pourtant deuxième meilleure attaque de l'Euro. Béatrice Edwige et Camille Ayglon-Saurina, positionnées dans l'axe central, n'ont cessé de montrer l'exemple à leurs partenaires qui n'en avaient pas réellement besoin. Minute après minute, il s'est révélé quasiment impossible pour Dmitrieva et consoeurs de prendre une position de tir favorable, sans se faire chaudement recevoir. Progressivement, les Françaises ont complément étouffé le jeu russe. Lorsque la défense se faisait trouer, Amandine Leynaud, désignée meilleure gardienne de la compétition, prenait le relais. La gardienne termine la rencontre avec 38 % d'arrêts. Laura Glauser, rentrée lors du premier quart d'heure de la seconde période, a également répondu présente (36 % d'arrêts).

Tout au long du match, les Bleues sont parvenues à contenir la terrible Anna Vyakhireva, MVP de la compétition. En sortant rapidement une tricolore du système défensif pour s'occuper exclusivement de son cas, les partenaires d'Estelle Nze-Minko (4 buts) ont évité qu'elle ne commette trop de dégâts. L'arrière droite russe a tout de même inscrit sept buts et a réalisé un nombre incalculable de passes décisives.

Alors qu'elles avaient échoué contre ces mêmes Russes en début de compétition, 23-36 jeudi 29 novembre, les protégées d'Olivier Krumbholz sont parvenues à élever leur niveau de jeu pour finalement remporter le titre continental. La grande classe. " Ces deux dernières semaines, on a vraiment évolué, analysait à chaud Laura Flippes. On a trouvé une vraie stabilité que l'on n'avait pas sur le premier match. A contrario, les Russes ont plutôt stagné. C'est ce qu'on s'est dit avant la finale. Que nous en étions là grâce à seize joueuses qui pouvaient toutes rentrer ce soir et pas elles. C'est ce qui a fait notre force aujourd'hui. "

Le carton rouge de la discorde

Grâce à ces rotations, les Bleues ont conservé une certaine forme physique pour disputer cette finale. Leur mental est également sollicité lorsqu'à la 36ème minute de jeu, la France mène 13-16 et l'impensable se produit. Sur un penalty, Allison Pineau est disqualifiée par les arbitres hongroises. La Brestoise est soupçonnée d'avoir délibérément tiré dans le visage de la gardienne russe que les arbitres n'ont pas vu bouger. L'arrière met quelques instants à réaliser. Elle quitte le terrain et se cache la tête dans une serviette, en pleurs. Bercy, à guichets fermés pour l'occasion avec 14060 spectateurs, bat le record de fréquentation pour un match de handball féminin et hurle son indignation.

Les spectateurs se lèvent, outragés par ce qui se déroule sous leurs yeux et sifflent lorsque les Russes reprennent le ballon. Ce qui aurait pu être un tournant du match et un véritable désavantage pour les Bleues devient une force. L'action suivante, Anna Vyakhireva commet un passage en force. Béatrice Edwige sert les poings de rage et regarde Allison Pineau à quelques mètres en tribune, l'air de dire " on va la gagner pour toi cette finale ".

" Cela nous a propulsées hors du temps " confie Gnonsiane Niombla après la rencontre. " Je savais que le public allait nous porter, mais à ce point-là..., savoure le coach Olivier Krumbholz. Sur cette action, le summum du ridicule c'est qu'elles mettent un carton rouge à Allison mais accordent le but. Avec la réaction du public et des filles, cela nous a donné une force incroyable. Défensivement, on s'est complètement libéré. On a remis de la profondeur et les Russes n'arrivaient plus à se lancer. "

Effectivement, la Russie ne repassera plus jamais devant au score. Manon Houette chipe de précieux ballons, Alexandra Lacrabère prend ses responsabilités et la France finit par s'imposer. " Nous avons maitrisé nos nerfs et fait preuve de beaucoup de sérenité, appréciait Olivier Krubholz. Cela s'explique par notre énorme travail. Que cela soit avec le préparateur mental ou sur l'analyse vidéo. Le coach russe a entraîné ses joueuses hier et ce matin. Peut-être qu'elles ont manqué d'énergie alors que nous nous étions reposées. Ces deux derniers jours, on avait tout misé sur la préparation tactique et mentale. "