Chanzy, mercredi après-midi. Une poignée de joueurs sont allongés sur des tables de massage dans la salle de soin. L'ambiance est détendue, on parle de tout et de rien, on évoque ses petites douleurs en indiquant les parties du corps à manipuler. Sofiane Jaadouni, le médecin de l'équipe, observe dans un coin. Guillaume Palasset, unique kinésithérapeute à plein-temps du club, soigne le deuxième ligne Baptiste Gay. Histoire d'éviter qu'une pubalgie ne se déclenche.

Pour sa deuxième saison au SA XV, le kiné est en charge de la prévention et de la récupération des pros. " On échange en permanence avec le reste du staff médical et sportif, précise-t-il. On discute via l'application WhatsApp qui fonctionne sans discontinuer, parfois tard le soir, à propos des résultats d'examen d'un joueur ou de la fatigue d'un autre. "

Sans cesse sollicité

Sur une journée classique, Guillaume Palasset est sans cesse sollicité. " Tous les jours, on commence par le petit-déjeuner à 8h30. C'est un moment crucial parce qu'on échange avec les préparateurs physiques et les entraîneurs sur l'état de forme des troupes et donc sur un entraînement qu'il faut peut-être adapter pour éviter un accident. Comme le reste de la journée je ne suis qu'avec les joueurs, ce moment est très important. "

Les croissants avalés et le café bu, Guillaume Palasset se charge ensuite des rugbymen sur la touche pour cause de blessures. " Je pose les straps et les "tape" (bandes de maintien, NDLR) pour les joueurs qui peuvent s'entraîner, même avec une gêne. Ils sont souvent plein d'énergie et bougent beaucoup, sourit-il. Après, je m'occupe des blessés de plus longue durée. " Le mercredi, Guillaume Palasset reçoit le renfort d'autres kinés ou d'ostéologues qui reçoivent les joueurs également dans leur cabinet, profitant de matériel que l'on ne trouve pas au stade. " Je crois qu'à Bayonne ils ont deux kinés et demi mais je doute qu'à Carcassonne ou Aurillac ils aient au moins un kiné. Au SA XV, on n'est pas malheureux. "

L'après-midi, il suit les oppositions depuis le pré pour parer à d'éventuels tracas. " C'est au cas où il y aurait besoin mais cela n'arrive pas la plupart du temps. Le soir, on intervient plus sur des soins de récupération pour que les joueurs s'entraînent correctement le lendemain. " Une attention constante qu'il poursuit lors des rencontres à l'extérieur. " Avec Anthony, le jeune étudiant en kiné qui fait la même école que moi à Poitiers, on part une heure avant le bus des joueurs. Comme ça, on arrive avant eux et on a le temps d'installer une salle de soin à l'hôtel pour qu'ils soient opérationnels le lendemain. "

La connaissance de chacun

En quelques mois, Guillaume Palasset a appris à connaître individuellement les rugbymen et le fonctionnement de chacun. " Il y a des joueurs qui vont beaucoup se plaindre, d'autres pas assez, concède-t-il, amusé. C'est important de travailler dans la continuité pour savoir qui rassurer ou qui rendre plus attentif ", confie le kiné de 26 ans. Un jeune âge, similaire à celui de beaucoup de joueurs, qui pourrait le contraindre dans l'exercice de son métier ? " Effectivement, une "distance thérapeutique" est nécessaire. Il faut trouver le juste milieu pour que la confiance s'établisse mais aussi que nos décisions ne soient pas influencées par l'affection et le lien crée avec le joueur. "

Malgré sa jeunesse, Guillaume Palasset a déjà oeuvré dans un cabinet et un hôpital. Lui, le fils d'un couple de militaires, originaire des Pyrénées et de Corrèze, goûte davantage à l'esprit d'équipe. " C'est très agréable d'évoluer dans un collectif sportif. Il y a une véritable émulation tous les week-ends, selon que le résultat soit une victoire ou une défaite. C'est très intéressant de travailler avec des sportifs parce qu'ils sont plus à l'écoute de leur corps que la plupart des gens. Ils sont plus exigeants et ton travail doit être plus précis pour servir la performance. "

Mais quoi qu'il arrive, le kiné n'est jamais un magicien. " S'il n'y a pas d'investissement de la part du joueur dans sa rééducation, cela ne va pas marcher. Je pense à Quentin Witt l'année dernière qui est très bien revenu des croisés postérieurs parce qu'il s'est donné à fond. Quand on est blessé, on sort du groupe et ce n'est jamais facile pour eux. Nous, on est là pour leur montrer le bout du tunnel. On a les solutions pour les sortir de là mais c'est à eux de fournir les efforts. Quand tout se passe bien, c'est gratifiant pour le kiné et pour le joueur. "