En 2017, après une riche carrière, Jamie Cudmore raccrochait définitivement les crampons. Aujourd'hui devenu coach d'Aix-en-Provence, l'ex-international canadien désire faire progresser le monde du rugby sur la protection des joueurs suite à sa propre expérience.

En juin 2017, l'ancien deuxième-ligne avait assigné en justice son ancien club, Clermont-Ferrand, qu'il accusait d'" avoir joué avec sa santé " en le contraignant à rester sur le terrain après deux chocs qui faisaient suite à une précédente commotion subie deux semaines auparavant. Il y a un mois, un rapport d'expertise pointait la responsabilité de l'ASM dans cette affaire. Après avoir tenté une discussion à l'amiable, le Canadien a déposé plainte contre X le 19 février dernier. Pour " Sud Ouest ", et avant le déplacement du SA XV en terre Aixoise (demain à 20 heures), le sémillant canadien revient sur cette sale histoire.

" Sud Ouest " Comment avez-vous réagi lorsque le rapport d'expertise vous a donné raison ?

Jamie Cudmore Ce n'était pas une surprise car je savais ce qu'il s'était passé en 2015. Mais c'est la preuve que notre démarche correspond à la vérité. Je ne veux pas changer le rugby mais je souhaite que chacun prenne ses responsabilités, qu'il y ait une prise de conscience. On doit traiter chaque blessure sérieusement, notamment les commotions. La culture du rugby pousse les joueurs à continuer malgré la blessure. J'étais comme ça, moi-même. Mais ça doit s'arrêter. On doit avoir des médecins indépendants et éduquer les staffs, les arbitres, les joueurs.

Vous-même, en tant que coach, comment travaillez-vous à cela ?

À Aix, le médecin du club a déjà ces valeurs. Avec le staff médical, on est tous sur la même ligne. On pousse aucun de nos joueurs à reprendre plus vite mais à respecter les protocoles et on veut bien diagnostiquer chaque blessure. J'avais dit à mes joueurs en début de saison que nous étions à leur écoute et qu'on prendrait le temps de les soigner. Malheureusement, je ne suis pas sûr que cela se fasse partout. Dans le sport professionnel, la tendance est plutôt à user le joueur jusqu'à ce que ça casse. Il peut y avoir des conséquences très graves.

Depuis août, deux joueurs des centres de formation d'Aurillac et du Stade Français sont décédés sur les terrains. Le risque est-il plus élevé pour les jeunes, peut-être moins prêts physiquement ?

Effectivement, les jeunes ont à apprendre sur le plan technique en termes de contacts. Tous les week-ends, ils regardent des matchs de Top 14 et veulent reproduire les mêmes actions. Mais on doit surtout éduquer les coachs et l'encadrement pour qu'ils prennent les bonnes décisions pendant les matchs. Il y a eu deux morts dans le rugby amateur récemment mais personne ne réagit.

Comment aimeriez-vous que cela se termine ? Vous disiez avoir " les mains qui tremblent " d'attaquer votre ancien club...

Je voudrais qu'ils nous aident dans notre volonté d'éduquer sur la question. Nous avions été les voir pour échanger sur nos projets avec la fondation (NDLR, Jamie Cudmore a créé avec sa femme la fondation Rugby Safety Network). On n'a pas eu de réponse. J'étais en colère, il y a eu des mots durs de leur côté. Je ne peux pas accepter la façon dont j'ai été traité en 2015. L'idée au début n'était pas d'attaquer le club. D'un côté, ils disent qu'ils font beaucoup sur la question mais on a l'impression que c'est du marketing plutôt qu'une réalité. Alors que c'est un club qui voit défiler beaucoup de jeunes. Si chez les pros on est exemplaire sur le traitement des commotions, on fait un pas énorme pour réduire les problèmes. Je ne voulais pas cette situation, c'est horrible d'en arriver là avec son ancien club.