PORTRAIT Le nouvel ouvreur gallois du SA XV n'a pas tardé à acquérir le statut de taulier au sein d'une équipe à qui tout réussit.

Le staff, les joueurs, les observateurs ne cessent de le répéter depuis le début de saison : les recrues ont apporté une réelle plus-value. Ont donné encore davantage de crédit au projet du club, à l'image de l'ouvreur Dorian Jones.

Auteur de 35 points depuis la mi-août, le buteur, qui partage cette responsabilité avec Erwan Nicolas, a su répondre présent. Depuis son arrivée, l'été dernier, le Gallois s'est fondu dans le groupe. " J'ai d'abord été chez Callum Willson, contextualise Dorian Jones. On s'était déjà vu sur un match, mais on ne se connaissait pas vraiment. Il a été super avec moi. Il parle français et me traduisait tout. Même pour acheter du lait, c'est très compliqué... Je ne comprendrai rien à l'article que vous écrirez ! "

Pas copain avec Molière

C'est que le Britannique maîtrise encore mal la langue de Molière. " J'ai cinq heures de cours tous les mercredis. Mais pour l'instant, je ne connais que les mots liés au rugby comme "intérieur" ou "extérieur". Je crois que "C'est pas possible !" est la phrase que Julien me répète le plus ", sourit le Gallois. Le buteur apprécie ses coéquipiers mais a appris à se méfier. " Kimami Sitauti s'amuse à me traduire exactement l'inverse des consignes des coachs. Je dois user leur patience parfois... ", continue-t-il, contenant un éclat de rire.

Mais si Dorian Jones a traversé la Manche, ce n'est évidemment pas pour faire mouche grâce à son humour " so british ". Pour sa première expérience à l'étranger, le rugbyman de 27 ans a souhaité donner un nouveau cap sa carrière, lui qui n'avait évolué jusque-là qu'avec les Newport Gwent Dragons au pays.

" Mon père est un ancien international gallois (Kingsley Jones est l'ancien entraîneur des Dragons, aujourd'hui sélectionneur du Canada, NDLR). Mon grand frère a joué au rugby. Ma mère a plein d'applications et ne loupe aucun match. De là où je viens, tout le monde aime le rugby. Dès que j'ai pu marcher, j'ai commencé à jouer. C'est le club de ma région natale donc j'ai toujours porté le maillot des Dragons. Mais le nouveau coach m'a clairement dit que je ne jouerai pas. Je suis toujours en contrat avec eux mais j'ai préféré m'expatrier. "

La chaude ambiance française

Quitte à créer des tensions dans sa vie privée. " Quand un agent m'a appelé pour me faire la proposition du SA XV, j'étais en vacances avec ma copine. J'ai dit oui tout de suite et elle s'est mise à pleurer. Je ne lui avais même pas demandé... Mais elle arrive en novembre, tout va bien, explique-t-il, conservant quoi qu'il arrive un joli sourire et de grands yeux verts-bleus rieurs. J'avais envie de venir en France car j'ai joué contre Castres, Pau ou Brive en Challenge européen et à chaque fois, l'atmosphère était géniale. Chez nous il n'y a pas de banda comme ici ! J'ai disputé beaucoup de compétitions européennes mais je n'ai jamais joué en Top 14. Ca pourrait être un objectif. Je me sens bien ici, alors je me dis qu'on pourrait y arriver avec Angoulême. Cela peut prendre quelques saisons mais avec ce nouveau stade, pourquoi pas ? C'est énorme d'avoir ce public. "

De la France, le demi d'ouverture d'1,75 m et 88 kg apprend également une nouvelle méthode de travail. " Ici, on s'entraîne deux fois par jour alors qu'en Grand-Bretagne, on finit tout le temps à 14 heures, relate-t-il. Les journées sont plus courtes pour davantage de récupération. Alors qu'avant, on se déplaçait principalement en avion, ici, j'expérimente les longs déplacements en bus. Ce n'est pas mon truc ! Alors, je dors, surtout. Ou je regarde des films. Avant les matchs je fais de la vidéo. Après les matchs, je passe au restaurant puis je visionne la rencontre qu'on vient de jouer. "

Ravi de ce début de saison sous ses nouvelles couleurs, Dorian Jones ne regrette pas son choix. " Les gars m'ont accepté de suite. À mon poste, c'est primordial. Tout le monde a cherché à m'aider. Que ce soient les Fidjiens, Pierre (Lafitte) que j'appelle " Shampoo " ou Antoine Roger. C'est la première fois que je suis à plus de deux heures de ma famille qui me manque. Mais du coup, je me concentre totalement sur le rugby et sur ma carrière. "

Déterminé, Dorian Jones est impliqué à 100 % dans la réussite de son équipe.