ALEXANDRA LACRABÈRE La Béarnaise fixe les objectifs des Bleues pour l'Euro qui débute jeudi. Et regrette le manque de reconnaissance pour le handball féminin malgré le titre mondial de 2017.

Opérée du genou en août, la Paloise Alexandra Lacrabère s'est cassé le doigt à l'entraînement avec les Bleues en septembre. Pourtant, l'internationale de 31 ans aux 214 sélections sera bien de l'Euro de handball qui se déroulera en France du 29 novembre au 16 décembre. Un an après le titre mondial arraché à la terrible Norvège, Alexandra Lacrabère évoque les différents enjeux de cette compétition organisée pour la première fois dans l'Hexagone. Entre l'absence de reconnaissance et de moyens alloués au handball féminin, et l'espoir de décrocher une médaille d'or avec ses coéquipières.

" Sud Ouest " À quelques jours du début de la compétition, comment vous sentez-vous ?

Alexandra Lacrabère Ça va plutôt bien, j'ai bien récupéré de mes différents pépins. Pendant ma convalescence au genou, j'ai fait une préparation physique du haut du corps. Mon récent problème au pouce ne m'a pas empêché de travailler physiquement. Comme j'ai peu joué ces derniers temps, je suis même en pleine forme et très reposée par rapport à d'autres joueuses !

La France avait déjà accueilli un mondial féminin en 2007 mais c'est le premier Euro dans notre pays. Que peut-il et doit-il changer ?

Je ne sais même pas si les gens savent que nous sommes championnes du monde. Quelques mois après nous, les gars sont devenus champions du monde au foot et c'est plus important apparemment... Alors cette compétition, c'est plus un objectif personnel. On se doit de gagner chez nous, devant notre public. Dans le sport de haut niveau, le plus dur est de rester au sommet. C'est un gros challenge qui nous attend.

On vous sent assez désabusée. Pensez-vous que le handball n'est pas assez reconnu ou est-ce spécifique au handball féminin ?

Le handball féminin n'est pas reconnu à sa juste valeur. Pour les hommes, que cela soit au niveau budgétaire ou dans l'encadrement, la situation est bonne. Les femmes sont reléguées au second plan. Les clubs féminins ont du mal à trouver des partenaires qui veulent vraiment miser sur eux. Il en va de même lorsqu'il faut demander des subventions pour construire des salles dignes de ce nom. Cela se répercute aussi sur la formation des jeunes filles.

Pourtant le système des Pôles Espoirs qui forment les jeunes est le même pour les garçons et les filles...

Bien sûr, mais pour qu'ils fonctionnent totalement il faut mettre les moyens sur de très bons encadrants. Il faut donner leur chance aux jeunes filles dans les équipes de première division, sauf que les clubs n'ont pas le temps ! Il faut obtenir rapidement de bons résultats parce qu'il y a des enjeux financiers derrière. Alors les clubs préfèrent aller chercher des étrangères plutôt que de descendre en D2.

Pensez-vous rester dans le handball après votre carrière pour faire évoluer les choses ?

J'étais la première à penser que notre titre mondial n'allait rien changer. Aujourd'hui, je joue pour gagner des titres avec mes copines en équipe de France. Je n'ai aucune envie de rester dans le handball féminin plus tard. Beaucoup s'y sont cassé la tête avant moi.

Sur le plan sportif, dans quel état d'esprit les Bleues abordent-elles la compétition ?

On a bien travaillé sur le dernier stage fin octobre. On a vraiment envie de travailler ensemble, de progresser, de mettre de l'ordre dans notre attaque. Sur ce stage, il n'y a pas eu de match amical mais on est resté très concentrées. Tout le monde est tourné vers le même but : décrocher la médaille.

Sentez-vous l'équipe capable d'enchaîner une telle performance malgré des résultats décevants en Golden League ?

Cette Golden League était faussée car il manquait beaucoup de cadres, comme Camille Ayglon ou Siraba Dembélé. Beaucoup de jeunes ont joué et cela ne reflétait pas notre niveau. Tout le monde dans le groupe sent qu'on peut le faire sinon on refuserait les convocations. Mais on sait aussi que de nombreuses équipes peuvent prétendre au titre. L'erreur à ne pas faire dans notre cas serait de trop regarder les autres. Durant la semaine de stage, on s'est beaucoup observé à la vidéo en échangeant avec le staff. On va se concentrer sur nous et travailler nos points forts.

Vous vantez régulièrement l'apport de Richard Ouvrard, préparateur mental de l'équipe depuis deux ans. Comment travaillez-vous avec lui ?

Tout au long de la saison, on peut le solliciter individuellement si on le souhaite. Mais l'échange a surtout lieu lors des regroupements. Je pense que ça a changé beaucoup de choses pour nous. Il nous a permis d'ouvrir les yeux sur nos qualités. On se voyait plus mauvaises que ce qu'on était. On n'utilisait pas toutes nos qualités collectives.

À titre personnel, comme plusieurs de vos coéquipières tricolores, vous avez fait le choix de revenir jouer en France à Fleury, neuvième au classement. Regrettez-vous votre choix ?

Non, ce serait idiot de dire cela trois mois seulement après le début du championnat. Je savais que le niveau serait relevé. Pour l'équipe de France, cela facilite l'organisation des regroupements. Nous avons pu nous entraîner une semaine de plus que les autres équipes internationales. Cette saison est un nouveau challenge pour moi. Je joue sur tous les tableaux, y compris en dehors du sportif avec ma reprise d'étude. Je suis en première année de STAPS pour suivre ensuite un cursus de psychomotricienne. Les partiels sont en janvier, on verra bien ce que cela donne !