"Pio a tout : la vitesse, la puissance. Il faut qu'il progresse dans sa dextérité mais il a un énorme potentiel, s'enthousiasme Remy Ladauge. Comme il a fait sa formation en France, il a le statut JIFF (joueur issu de la formation française, NDLR), ce qui fait de lui un joueur attractif. Plus il va jouer, plus il va progresser. " Des mots élogieux, prometteurs d'un bel avenir, que le coach adjoint du SA XV utilise volontiers à propos de Pio Muarua, prêté l'été dernier par Agen au SA XV. Utilisé à treize reprises cette saison, le troisième ligne de 22 ans a emprunté le parcours classique d'un jeune fidjien passionné de rugby, venu assouvir son rêve dans l'Hexagone.

Une histoire de famille

Adepte de football et d'athlétisme, du temps où il ne dépassait pas encore le quintal, ce spécialiste du 400 mètres ne se met à tâter le cuir à qu'partir de 14 ans. " Mon cousin m'a incité à rejoindre la même école de rugby que lui (Seta Tamanivalu, ailier de l'UBB, NDLR). Aux Fidji, c'est toujours une histoire de famille. Si l'aîné a pratiqué, tout le monde va suivre. Que ce soit avec une bouteille ou un ballon, sur la plage ou ailleurs, dès que tu peux, tu joues au rugby. "

Dans l'établissement qu'il fréquente, ses talents sont rapidement détectés. Pas vraiment porté sur l'école, Pio Muarua aspire à voir du pays grâce à ses aptitudes. " Cela prend du temps d'avoir des diplômes alors qu'avec le rugby, tu peux vite partir des Fidji. C'est bien connu, la France est un bel endroit pour vivre, et il y a un bon championnat. "

Alors à 18 ans, l'apprenti rugbyman quitte sa famille, non sans un gros pincement au coeur, et intègre le centre de formation d'Agen. Il parfait son physique et développe ses compétences, sur tous les plans. " J'ai intégré le SUA en espoirs, donc il fallait que je fasse des études, que je trouve un domaine que j'apprécie. J'ai fait un CAP cuisine. J'adore tout ce qui tourne autour de la nourriture. Les pizzas en particulier. Quand j'ai fini d'en faire une, j'en fait toujours une autre. Et puis je la mange ! Dès que j'ai un jour de libre, je vais à la CIFOP pour faire des pizzas."

Mesurant 1,91 kg pour 120 kilos, on imagine l'appétit du bonhomme. " Je me vois bien travailler dans le tourisme aux Fidji après. Il y a beaucoup d'hôtels, de touristes et peu de restaurants français. Même si je ne suis pas encore certain de vouloir retourner y vivre." Avant cela, il reste à Pio Muarua un grosse dizaine d'années de batailles acharnées sur les prés. " J'adore disputer les matchs à l'extérieur. J'aime gagner chez les autres. Et même si on perd, je veux toujours faire une grosse prestation pour qu'ils doutent. J'essaie d'être le meilleur numéro 8 sur le terrain et battre celui qui est en face de moi. "

Un avenir incertain

Pour l'heure, Pio Muarua ne sait pas vraiment de quoi son avenir sera fait. " J'attends qu'Agen se manifeste, ce que le club doit faire avant fin avril. S'ils veulent que je revienne, j'y repartirais sûrement. J'ai beaucoup appris au SUA. C'était très bizarre pour moi de les affronter en match amical l'été dernier. J'ai tellement d'amis là-bas ! Sinon, je resterais ici ou je trouverais un autre club."

D'un naturel timide mais franc, Pio Muarua apprécie tout de même Angoulême et s'épanouit au contact de ses coéquipiers. " Les gars de l'équipe m'aident à être à l'aise et m'expliquent beaucoup de choses. Julien (Laïrle) me pousse depuis sa ligne. J'ai disputé deux matchs avec les espoirs cette saison et le coach, Yannick Osmond, m'a demandé de prendre la parole devant le groupe. Cela me pousse à me dépasser. "

Une atmosphère sereine et un équilibre que Rémy Ladauge estime obligatoire pour performer. " Comme beaucoup d'Îliens loin de leur pays, de leur famille, Pio a besoin d'évoluer dans un environnement stable pour se sentir bien et être bon. Que ce soit avec leurs amis ou même avec leurs coachs. Il faut qu'il y ait une relation affective basé sur beaucoup de confiance avec leur entourage. "