On ne présente plus la légende du rugby canadien Jamie Cudmore. L'ancien bûcheron, deuxième ligne durant 11 ans sous les couleurs de l'AS Clermont-Ferrand, est devenu coach à l'intersaison de l'ambitieux Provence Rugby. Promus la saison dernière, les Aixois sont solides à domicile, s'appuyant notamment sur un gros volume de jeu. A l'extérieur, les joueurs aixois courent toujours derrière la victoire. Un premier gros coup en déplacement que le volubile manageur provençal se verrait bien réaliser à Chanzy, demain face au SA XV (20 heures). Même si Jamie Cudmore est bien conscient de la tâche qui l'attend.

" Sud Ouest " Malgré votre 12e place au classement, vous êtes la 3e meilleure attaque avec 362 points inscrits. Aviez-vous la volonté de construire une équipe portée sur l'offensive ?

Jamie Cudmore Tout à fait. Avec le reste du staff, nous pensons que le rugby moderne est basé sur la vitesse. C'est donc ce que l'on recherche. Pour le moment, ça porte ses fruits même si le dernier bloc a été un peu compliqué avec cette défaite en fin de rencontre à Montauban (28-23) et celle à la maison contre Massy (16-38). Le dernier match, contre Brive, était meilleur (victoire 22-20). Pour l'instant on n'est pas tout à fait récompensé de notre travail.

L'ennui, c'est qu'avec l'arrivée de l'hiver, ce jeu de mouvement risque de se gripper...

Ça, c'est une excuse de Français qui va jouer en Ecosse (rires) ! On doit s'adapter, comme tout le monde. On va devoir faire avec la météo, mais c'est pareil pour toutes les équipes.

Vous marquez beaucoup à domicile mais vous n'avez pas encore gagné à l'extérieur. Comment expliquez-vous cet écart de rendement ?

C'est une bonne question ! On essaie de trouver la solution tous les week-ends. Peut-être qu'il nous manque un peu de maturité. Les gars doivent croire qu'ils peuvent reproduire les mêmes performances partout. On a parfois lâché en fin de match. Cela montre qu'on a beaucoup de progrès à faire, de choses à apprendre. Demain, on n'est pas du tout favori contre un SA XV très complet.

C'est votre vision du SA XV ? C'est un club récemment promu qui vous inspire ?

Oui, ils sont montés il y a seulement trois ans et ont vraiment construit l'équipe sur de très bonnes bases. Ils ont un paquet d'avants agressif avec des mecs qui font de belles choses derrière comme Jones, Varndell ou Lafitte. Quand tu as un bon mélange entre le gain de terrain et de la précision derrière, notamment sur le jeu au pied, c'est très bien. Ils sont devant nous au classement et je les vois finir la saison encore plus haut.

Le SA XV fait régulièrement tourner son effectif. En moyenne, vos dix joueurs les plus utilisés ont joué 100 minutes de plus que ceux d'Angoulême...

Notre équipe vient à peine de monter. On a eu beaucoup de blessures. Les circonstances expliquent cela car on veut rester compétitif chaque week-end. Le SA XV a eu plus de temps pour se structurer, il y a plus d'homogénéité. Tu prends moins de risques à faire tourner. On n'en est pas encore là.

A Aix, c'est votre deuxième expérience d'entraîneur. Votre réputation de joueur dur sur l'homme n'est plus à faire. Quel genre de coach êtes-vous ?

Je ne suis pas quelqu'un qui crie énormément. Je suis plutôt calme et posé pour faire des ajustements. Après, c'est vrai que je ne suis pas très patient si je ne sens pas les gars concernés. On a amené beaucoup d'exigence cet été avec la montée en Pro D2. Beaucoup de mecs n'avaient jamais eu de GPS sur eux à l'entraînement, par exemple. Il y a pas mal de découvertes pour les joueurs. Chez certains, ça prend plus de temps que pour d'autres.

En 2016, vous avez porté plainte contre Clermont suite à un protocole commotion et une demande du club de vous faire rentrer de nouveau en jeu. Vous avez depuis créé votre association, Rugby safety network, qui sensibilise sur le sujet. On imagine que vous êtes très attentif à cela en tant que coach ?

Pour moi, quand un joueur sort sur un protocole commotion, c'est impossible qu'il rentre de nouveau sur le terrain. Le rugby n'est qu'un jeu. C'est un sport de combat qui est déjà assez dangereux comme ça. Prendre des risques avec la santé d'un homme est inacceptable et irresponsable. Je vois beaucoup de coachs le faire. Je peux comprendre qu'il y ait la pression des résultats mais le rugby est une petite partie de notre vie. On ne peut pas juste mettre une éponge magique sur la tête et dire à son joueur, qui a souvent envie d'y retourner, " c'est bon tu es costaud ". On ne connait jamais les conséquences sur le moment.