L'annonce a fait l'effet d'une petite bombe. Le 23 juin dernier, Amélie Mauresmo prenait la tête de l'équipe de France masculine de Coupe Davis. L'ex-tennis woman de 38 ans est alors devenue la première femme à occuper ce poste tant convoité. Par son palmarès unique, comme joueuse et entraîneur, mais aussi parce qu'elle est l'une des seules sportives à avoir affiché son homosexualité durant sa carrière, Amélie Mauresmo a bousculé les conventions dans le sport, où une véritable omerta entoure l'orientation sexuelle de ses pratiquants.

Pour preuve, les coming-out des sportifs de haut niveau sont extrêmement rares et constituent à chaque fois un événement. Pour ne pas se faire exclure d'une équipe ou être soupçonné de " mater " dans les douches, il est de mise d'être hétérosexuel, de " rester dans la norme ". Dans les sports collectifs, les hommes sont considérés par nature comme hétérosexuels, tandis qu'un soupçon d'homosexualité plane inversement sur les femmes.

Une invisibilité totale

" De toute ma carrière, je n'ai pas joué une seule fois avec quelqu'un d'ouvertement gay, atteste Baptiste Faucher, entraîneur de l'Etec et joueur de handball durant une dizaine d'années en deuxième division. Dans le monde sportif, il y a des personnes qui n'aiment pas ça. Même si je n'ai jamais été témoin de propos clairement homophobes, j'ai déjà entendu des plaisanteries, lorsqu'un gars met un jean un peu moulant par exemple. Je me suis fait reprendre une fois par mes cousins qui sont gays, et c'est resté gravé dans ma mémoire. À mon tour, il m'est arrivé d'interpeller les gens après une vanne. "

C'est que l'image de l'homosexuel pourrait remettre en cause l'obligation de virilité inhérente à la condition de sportif de haut niveau. Pour fuir à tout prix cette représentation, des sportifs sont conduits à " s'inventer une vie pour ne pas devenir, sur le terrain comme dans le vestiaire, un mouton noir, déplore l'ancienne attaquante tricolore Marinette Pichon. Des footballeurs ont peur qu'en révélant leur homosexualité, ils ne soient plus vus comme sportifs ou sportives de haut niveau, mais simplement comme homosexuel, et directement considérés pour leur orientation sexuelle et pas pour leurs qualités sur le terrain. "

Bataille contre les insultes

A contrario, insulter une personne homosexuelle revient à affirmer une virilité que l'on estime menacée. Une bataille contre la banalisation des insultes que mène le collectif Rouge Direct. " Dans le football, cela se traduit très tôt par un discours anti-homo auprès des jeunes : "c'est un tir de pédé", "ne cours pas comme une tapette" ", décrit Julien Pontes, ancien président du Paris Football Gay et membre de Rouge Direct. Cela se traduit aussi par un état d'esprit très alarmant d'hostilité assumée envers les homosexuels (voir sondage ci-contre). "

Une mentalité que confirme Siga Tandia, capitaine de l'ASJ Soyaux. " Quand on va voir des matchs de foot, on entend régulièrement des insultes comme "c'est quoi ce pédé ?" pour parler d'un joueur. Il faudrait éduquer les supporters là-dessus. Chez les gars, il faut être viril, fort, c'est une histoire d'image. Et aujourd'hui la religion, quelque qu'elle soit, est très présente dans le foot, ce qui participe, je crois, à mélanger et à densifier les tabous. "

Le " label lesbien "

À l'inverse, si le sportif doit être l'incarnation de la virilité, le soupçon de lesbianisme plane sur la sportive. Si elle a les cheveux courts et une démarche un peu raide, son sort est réglé. " Lorsque les femmes, d'une façon ou d'une autre, sortent des limites culturelles/sociales acceptées de la féminité, elles fragilisent le système complexe des rapports sociaux hommes-femmes sur lequel est établi le dispositif idéologique de la domination des hommes, explique Anthony Mette, auteur du livre "Les homos sortent du vestiaire". Ainsi, le principal stéréotype dont souffrent les femmes sportives, notamment les femmes évoluant en sport collectif ou dans des sports dits "masculins", est celui du "label lesbien". Ces femmes sont directement identifiées comme lesbiennes et/ou masculines. "

Des clichés qu'Anabelle Courcelles, capitaine de l'ACH, a entendu tout au long de son parcours. " Plus d'une fois, on m'a dit "dans votre équipe vous devez avoir beaucoup de goudous", confie-t-elle. Cela semble logique pour les gens. Aujourd'hui, la société évolue et le sport a donné l'exemple de lesbiennes qui réussissaient dans leur discipline, des femmes accomplies comme tant d'autres. Le métier de sportif de haut niveau fait rêver beaucoup de gens et on peut espérer que d'autres prennent la parole et révèlent leur homosexualité pour continuer à faire progresser les mentalités. "