Maintes fois médaillée dans les années 80 lorsqu'elle naviguait encore en eau vive, Marie-Françoise Prigent participe désormais au développement et à la performance des équipes de France de canoë-kayak. Directrice Technique Nationale adjointe, celle que tout le monde surnomme « Papia » manage les équipes de France Olympique et Paralympique de la discipline. A la Fédération, la Rennaise est également en charge du projet « Performances pour Elles ». Entretien avec une technicienne et dirigeante qui combat à grands coups de pagaies.

La Fédération Française de Canoë-Kayak a décidé de rassembler ses différentes disciplines (slalom, course en ligne, para-canoë) pour mutualiser les moyens et aller plus loin. Comment cela se concrétise-t-il ?

Marie-Françoise Prigent : Nous avons l'ambition de doubler notre nombre de médailles entre les Jeux de Rio en 2016 et ceux de Paris en 2024. Pour cela, nous allons nous enrichir des forces de chaque discipline du canoë-kayak. L'objectif est de sécuriser les leaders à Tokyo en 2020 pour briller avec la relève à Paris. Nous développons notre cellule « innovation technologique » car nous sommes en retard par rapport aux Anglo-Saxons. Notre cellule médicale agit désormais en totale coordination. Moi, je dirige et manage l'équipe mais je n'entraîne pas. Trois « Head coachs » ont été nommés pour assurer ce rôle.

Cette réorganisation laisse-t-elle davantage de place aux femmes ?
Tout à fait. Avant, nous étions sur un modèle où les performances étaient uniquement masculines. Ce qui n'était pas valorisant pour les femmes qui vont forcément moins vite. L'apparition de nouvelles médailles olympiques et paralympiques accessibles aux femmes change la donne. Il y a désormais treize médailles féminines à décrocher. Nous avons formé les entraîneurs pour qu'ils s'adaptent mieux aux femmes et nous discutons avec les parents, souvent réticents à laisser partir leur fille dans les pôles Espoir ou France, qui sont pourtant une source d'émulation nécessaire pour une progression plus rapide. Si les femmes se sentent mieux dans l'équipe, cela reste un travail de longue haleine.

C'est dans cet esprit que vous êtes également en charge du projet « Performances pour Elles » de FDJ au sein de la fédération ?
Grâce à FDJ, nous avons pu mettre en place des actions ciblées à destination d'un Team de 24 athlètes féminines (valides et en situation de handicap) afin de les accompagner dans leur performance sportive à horizon 2024 : stages d'entraînement, actions de cohésion, formation novatrice pour les entraîneurs, accompagnement socio-sportif. Les Heads coachs se concentrent sur l'accompagnement sportif et moi sur l'environnement et la gestion des conditions d'entraînements des féminines. Cela passe par un travail sur l'équilibre entre la carrière sportive et le financement du quotidien, puisque personne n'est professionnel dans notre sport, à l'inverse du Royaume-Uni. Il faut trouver des formations aménagées pour les universitaires, et/ou des entreprises pour les salariées, qui puissent les détacher à temps partiel sans perdre en rémunération. Il y a des aides à travers les bourses. Nous mettons en place des parcours de performance individualisés. Grâce également au partenariat entre FDJ et l'association Femix'Sports, nous bénéficions de la présence de services civiques qui participent au développement de notre pratique. Un chargé de mission nous aide sur l'optimisation des féminines.

La parité fait-elle partie de vos priorités dans vos missions ?
Complètement, l'équité de traitement surtout. Il y a des athlètes motivées, performantes, ainsi que des femmes compétentes pour occuper des postes d'entraîneures ou de direction. A Londres, en 2012, les médias ont beaucoup parlé de Tony Estanguet, triple champion olympique, et la performance d'Emilie Fer est passée à la trappe. Alors que c'est une prouesse tout aussi historique puisqu'elle est devenue la première femme championne olympique pour notre discipline ! La parité doit attirer l'attention de tous les acteurs de la performance. Le canoë-kayak est un sport mixte mais il subit les pressions sociales comme les autres. Nous avons une équipe de filles extraordinaires qui progressent bien. On sent que le monde bouge, il faut foncer !